Des instruments pour une gestion concertée du complexe WAPO

Une première série d’instruments ou stratégies à vocation régionale ont été adoptées par le Conseil des Ministres en sa session 2014, afin de renforcer la gestion concertée du SAP/WAPO. Celles-ci ont pour vocation essentielle une meilleure conservation et une valorisation du patrimoine naturel du complexe WAPO.

Schéma Directeur Régional d’Aménagement et de Gestion concertée du complexe WAPO 2014-2033 (SDRA)

Les Etats membres concernés par le complexe WAPO ont décidé de le doter d’un outil majeur d’orientation de sa gestion, en l’occurrence le Schéma Directeur régional d’Aménagement et de Gestion concertée (communément appelé SDA-WAPO) du complexe. Il a pour vocation d’aider les Etats parties à disposer d’un outil pour orienter et gérer conjointement le complexe WAPO et s’appuie sur les principales orientations stratégiques suivantes :

  • la structure de gestion régionale ;
  • la réglementation régionale ;
  • le financement durable de la conservation régionale ;
  • le zonage et aménagement du complexe d’aires protégées ;
  • le tourisme durable et autres formes de valorisation des produits du complexe ;
  • la gestion des interfaces aires protégées/zones périphériques ;
  • la communication et autres actions de visibilité ;
  • la recherche et le suivi écologique et socio-économique

Ces orientations devront permettre l’aménagement et la gestion durable du complexe pour les vingt prochaines années (2014-2033) en réponse aux principaux enjeux et défis de gouvernance partagée du complexe.

Ce SDA contient également un canevas d’élaboration des plans d’aménagement et de gestion (PAG) pour son opérationnalisation. Les PAG ci-après, sont actuellement disponibles pour les principales aires protégées du complexe WAPO :

Plan d’Action d’Urgence pour la Lutte Anti-Braconnage (PAULAB)

Le Conseil des Ministres, lors de sa session de 2014, a adopté le Plan d’Action d’Urgence pour la Lutte Anti-Braconnage (PAULAB). Cette adoption résulte d’un processus de réflexion, entamé au CTS 2013, sur les préoccupations majeures du complexe WAPO, en particulier le braconnage des éléphants, au regard de la tendance actuelle des massacres dans les différentes régions d’Afrique. Cette situation compromet la survie de l’espèce au cours des prochaines décennies.

En effet, le nombre d’éléphants abattus par an dans les aires protégées ne cesse d’augmenter ces dernières années. En Afrique centrale par exemple, des centaines d’éléphants ont été abattus au cours de la dernière décennie pour répondre à la forte demande des marchés asiatiques en ivoire. La situation actuelle en Afrique Centrale, pouvait se reproduire dans le complexe WAPO qui héberge presque la moitié des éléphants de l’Afrique de l’Ouest.

Le PAULAB, considéré comme une réponse appropriée (conjoncturelle et structurelle) face à cette menace, présente les contraintes de gestion du WAPO, l’état actuel du braconnage de l’éléphant et l’effort de Lutte Anti-Braconnage (LAB), les besoins de financement des Etats. Ces informations ont permis la conception d’un programme d’actions d’urgence de lutte anti-braconnage à mettre en œuvre en vue de démanteler les réseaux naissants de braconnage, de trafic d’ivoire pour préserver la biodiversité faunique du complexe WAPO. Successivement, le contexte écologique, l’état du braconnage de l’éléphant, les mesures techniques à prendre et le budget d’un programme LAB dans le complexe WAPO sont exposés en plus des actions prioritaires.

Cette initiative au niveau du complexe WAPO doit être conjuguée avec celle de la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) pour une approche concertée dans ces régions d’Afrique pour mieux faire face à la lutte anti-braconnage et à la criminalité environnementale en général. Au niveau national, certains Etats concernés par le complexe WAPO, ont en place un dispositif fonctionnel contre la criminalité environnementale dans le cadre de l’application de leur loi sur la gestion de la faune avec l’appui d’organisations internationales. Des résultats notoires sont en train d’être enregistrés et il est question d’étendre ce système dans les autres Etats ainsi que leur mise en réseau.

Stratégie de Conservation des Grands carnivores

La conservation des grands carnivores, notamment le lion, le guépard et le lycaon, repose sur l’adoption de cadres stratégiques successifs. Ainsi, en 2005, les Etats d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ont élaboré une stratégie régionale de conservation du lion. En 2011, ces mêmes États réunis au Niger ont opté pour une stratégie régionale de conservation du guépard et du lycaon. Dans le même ordre d’idées, le PAPE a organisé en octobre 2013, à Ouagadougou, un atelier régional ayant permis l’élaboration d’un Plan d’action régional de conservation des grands carnivores.

Adopté par le Conseil des Ministres en 2014, il décrit le statut des espèces phares (lion, lycaon et guépard), leur distribution et leur statut dans le complexe du WAPO.
Le Plan d’action régional de conservation des grands carnivore présente également les menaces et les barrières à la conservation de ces espèces.

Par ailleurs, en Afrique de l’Ouest, les grands carnivores sont en déclin et la situation de leur population actuelle ne garantit pas la survie de ces espèces.

Trois espèces en danger d’extinction

  • le lion (Panthera leo) est classé comme espèce vulnérable sur la Liste Rouge de l’UICN, en Afrique de l’Ouest et les estimations qualifient cet animal comme une espèce en danger au niveau régional. Le complexe WAPO abrite la population de lions la plus importante et la plus significative de toute la région ouest-africaine, 311 individus selon l’étude récente de Henschel et al (2012) ;
  • le guépard appartient à la sous-espèce Nord-Ouest Africaine, Acinonyx jubatus ssp. hecki, est « en danger critique d'extinction»;
  • le lycaon, Lycaon pictus, est listé comme espèce « en danger critique d'extinction » au niveau de l’Afrique de l’Ouest.

L’aire de distribution de ces trois espèces a considérablement diminué au cours des dernières décennies, ceci essentiellement par des aspects anthropogènes tel que le morcellement et la diminution des habitats, ainsi que la concurrence homme-faune sauvage. La superficie du complexe WAPO (35 000 km2) est d’une importance capitale pour la survie de ces espèces emblématiques en Afrique de l’Ouest, sa riche biodiversité en état est assez acceptable. Ce sont également des espèces clé et des indicateurs de l’intégrité des habitats et des populations de proies. Ainsi, leur conservation entraine celle de tout le complexe WAPO et les paysages environnants.

La mise en œuvre de cette stratégie permet également de faire face à l’interdiction provisoire d’importation de trophées de lion prise par l’Union Européenne afin de permettre, entre autres mesures, une gestion plus durable de la chasse au lion.

Stratégie de gestion d’une pêche durable dans le complexe WAPO

La situation de la pêche dans le complexe WAPO, particulièrement étudiée sur la rivière Pendjari (bassin versant de la Volta), présente plusieurs problèmes à l’échelle transfrontalière. En effet, les méthodes de gestion et d’exploitation diffèrent d’un pays à l’autre, compromettant ainsi la durabilité de la ressource piscicole. Pour faire face à cette situation, une approche régionale et harmonisée concernant l’activité de pêche est à l’étude, sous l’égide de l’UEMOA à travers le PAPE. Elle permettra d’apporter une réponse sur l’ensemble des cours d’eau qui traversent le complexe : le fleuve Niger, la Tapoa, la Pendjari et la Mékrou, les affluents dans la zone périphérique et de transition et ce, de manière à revenir à un droit coutumier de la pêche autorisé par les décrets de classement et non pas une exploitation commerciale, comme c’est le cas actuellement.
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Prenant en compte la question de la régionalité, le Programme d’Appui aux Parcs de l’Entente a organisé un atelier du 23 au 25 octobre 2013 à Ouagadougou à l’attention des Etats membres du WAPO afin d’élaborer une stratégie relative à la gestion de la pêche dans les aires protégées du complexe et de définir une feuille de route pour sa mise en œuvre.
Il faut noter que ces plans d’eau présents dans les aires protégées constituent des frayères contribuant au ré-empoissonnement des bassins versants de la Volta et du moyen Niger.

Stratégie de développement d’un tourisme durable dans le WAPO

Le complexe WAPO est l’un des plus vastes réservoirs de biodiversité d’Afrique de l’Ouest. Dans son approche, le programme PAPE considère que le développement d’un tourisme durable peut constituer un outil de préservation de la diversité biologique et une activité génératrice de revenus pour l’ensemble des acteurs de la filière Tourisme et les communautés riveraines de ces AP.

A cet effet, en février 2014, Ouagadougou a accueilli un atelier régional, organisé par le PAPE, portant sur l’exploitation touristique dans le complexe WAPO. Présents à cet atelier, les acteurs du Projet de développement du tourisme durable dans les Aires Protégées de la région Ouest-africaine (Organisation Mondiale du Tourisme, le BCG du PAPE et la Direction du Tourisme et de l’Artisanat (Commission de l’UEMOA) ont proposé une feuille de route pour une opérationnalisation des actions dans le cadre de la Politique Commune du Tourisme de l’UEMOA et du Programme Régional de Développement du Tourisme (PRDTOUR), plus spécifiquement pour le tourisme des parcs.

En effet, cette stratégie fait suite également à la première Conférence panafricaine sur le tourisme durable des aires protégées tenue à Arusha (Tanzanie en octobre 2012. A cette occasion, il a été noté qu’en Afrique, le développement du tourisme en lien avec la biodiversité et les aspects culturels est très prometteur en termes de revenus et d’emplois.
Pour le cas du complexe WAP, on note environ 10 000 entrées touristiques pour la vision. Le tourisme de chasse engrange davantage de recettes. Ces deux formes de tourisme doivent être promues.