Pour une gestion durable des ressources

La structure économique du complexe WAPO est le reflet de celle des quatre pays qui le composent. Elle est principalement basée sur l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’exploitation des ressources forestières (le bois et les produits non ligneux).   

L’agriculture est l’activité économique dominante. Les principales cultures sont le sorgho, le mil, le maïs, le manioc et l’igname. Les cultures de rente sont le coton et l’arachide.

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Les systèmes agraires de la région ont évolué historiquement vers une réduction des temps de jachère et un emploi accru d’intrants chimiques. Cette réduction de la durée des jachères -actuellement moins de trois ans en moyenne- a été permise par une augmentation du bétail (transferts de fertilité, association agriculture-élevage) qui a entrainé ainsi une demande accrue de terres de parcours en dehors du finage villageois.

En faveur d’une production du coton bio

L’agriculture traditionnelle de subsistance basée sur les céréales est progressivement remplacée par la production extensive du coton. La capacité de production des terres arables dans la périphérie du complexe WAP a atteint son point limite à cause de la combinaison d’un système à faibles intrants, de précipitations aléatoires et de pression démographique croissante due à la croissance naturelle et à l’immigration.
Le développement de la culture semi-intensive de coton dans les trois pays a aggravé la situation, occasionnant des empiètements à l’intérieur du complexe, particulièrement dans les zones tampon, et augmentant le risque de morcellement de l’écosystème. Ce phénomène, commencé il y a environ vingt ans, a connu une accélération suite à l’augmentation des actions de promotion des compagnies cotonnières. Rappelons que le coton est une industrie majeure au Burkina Faso et au Bénin, fournissant de l’emploi et des revenus aux fermiers, au secteur privé et des recettes pour l’Etat.

Une option intéressante serait de promouvoir dans la zone tampon des aires protégées que de l’agriculture durable dont par exemple le coton bio.

Elévage

Les populations sédentaires pratiquent un système de culture agro-pastorale à faible intrant et une transhumance de faible amplitude lors de la saison sèche. Les troupeaux sont composés surtout de petits ruminants.

Deux catégories de transhumance

La petite transhumance est exécutée par le bétail des populations sédentaires, des pasteurs locaux. se déroule au cours de la saison des pluies correspondant à la période des cultures, sur des petites distances. Elle vise essentiellement à éloigner les animaux des zones de cultures. De par l’extension des cultures, l’espace de pâturage naturel exploité par la petite transhumance est relativement limité.
La grande transhumance exécutée par les allochtones du pays est centrée sur la saison sèche. Des pasteurs majoritairement originaires du Niger traversent chaque année le complexe WAP au début de la saison sèche pour se diriger vers la zone soudanienne. Ils finissent par revenir dans leur zone de départ au début de la saison des pluies. La disponibilité en eau et en fourrages à l’intérieur des aires protégées est attractive pour les pasteurs transhumants en saison sèche.

Cette transhumance transfrontalière, facilitée par un accord entre Etats sous l’égide de la CEDEAO en 1998, a toujours été très importante dans la périphérie du complexe WAP. Il a été estimé que le phénomène implique plus de 100 000 têtes de bovins et des dizaines de milliers de têtes d’ovins.Le bétail prend huit à trente jours pour traverser le complexe WAP. Pour diverses raisons, des conflits souvent violents éclatent entre transhumants et sédentaires.
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La ressource en poisson est généralement considérée comme un bien communautaire que chacun peut exploiter à sa guise pourvu qu’il soit en accord avec la réglementation en vigueur (paiement des droits et taxes, utilisation d’engins autorisés, pêches dans les zones non protégées). La pêche de type artisanal est donc admise et concédée comme droits d’usage aux populations riveraines dans les zones cynégétiques ou dans les zones tampon des aires protégées.

Initialement, tous les campements pêcheurs ont été créés par des professionnels migrants à la recherche de nouvelles pêcheries. L’acquisition des premiers matériels par les pêcheurs débutants se fait le plus souvent à partir de leur famille. Le chef de famille qui travaille généralement avec ses enfants, attribue au plus grand un équipement complet qu’il peut exploiter avec un de ses frères (la pêche se fait en pirogue par binôme) en attendant que lui-même ait ses propres enfants. L’utilisation de la main d’œuvre salariale est très rare et se limite à quelques privilégiés disposant de matériel qui dépassent leurs capacités d’utilisation ou aux familles qui n'ont pas d’enfants en âge de travailler.

La pêche est active de la fin du mois de février (fin saison froide) à la fin du mois de mai (début de saison des pluies). La plupart des pêcheurs utilisent prioritairement les filets maillants, puis les palangres (appâtées ou non) dont l’efficacité s’accroît avec le retrait des eaux.
Certains complètent leurs équipements avec des nasses et des éperviers très efficaces en basses eaux. L’utilisation des sennes de plage a aussi été signalée par endroit.

Certaines espèces se font de plus en plus rares dans les captures (Parachana obscura, Ahrus gigas, Labeo coubie Heterotis niloticus, Lates niloticus) au profit d’autres espèces beaucoup plus rustiques (Clarias gairepinus, Oreochromis niltocus, mormyrops rume) ce qui dénote la dégradation progressive du milieu.
Après la saison de pêches (fin février-fin mai) arrive celle des pluies au cours de laquelle, la plupart des pêcheurs sont libres en raison de la rareté des prises. Ils se consacrent alors, grâce aux prêts de terre d’un chef du village ou d’un notable, aux cultures pluviales (mil, mais, sorgho, arachide) sur des grandes superficies et aux cultures de décrues (riz, gombo, courges, etc.) sur des petites superficies.
Les pêcheurs pratiquent rarement l’élevage. Les quelques candidats rencontrés se limitent aux bœufs de trait (une paire par famille) et à la volaille. L’élevage des petits ruminants (ovins et caprins) est quasi inexistant. De même, ils font très peu de commerce.

Un des problèmes essentiels de la pêche dans le complexe est le développement d’une pêche industrielle sur la rivière Pendjari. Loin d’être une pêche de droit coutumier, elle viderait l’essentiel des stocks, ,ne respectant pas la réglementation imposée. La conséquence immédiate : la ressource reconstitue difficilement en saison des pluies la richesse du bassin de la Volta.

La chasse traditionnelle et/ou communautaire peut atteindre une grande ampleur dans certaines parties du complexe WAP. Cette activité essentiellement pratiquée par les hommes joue un rôle culturel d’importance pour les populations concernées.

Chasse

BENIN

On distingue, deux principales types d’organisations communautaires, différentes par leur origine, statuts, organisation et mode de fonctionnement. Il s’agit des confréries de chasseurs et des AVIGREF (Associations Villageoises de Gestion des Réserves de Faune).
Les confréries de chaseurs sont des organisations encore très vivantes qui veulent s’engager dans la protection de la faune sauvage.
Les AVIGREF regroupent des chasseurs traditionnels et/ou leurs descendants et divers autres acteurs concernés par l’exploitation des ressources fauniques des zones de chasse. Leur mission : concilier les besoins de la population riveraine avec les exigences de la conservation, faire de l’aire protégée un modèle de cogestion et un moteur du développement durable de la région.

BURKINA FASO

La chasse est à la fois un élément économique et culturel pour les populations gourmantché et le plus souvent dévolue à un clan dans le village. C’est dans cette activité que le clan considéré exprime son identité et sa fonction dans la structure globale de la société. Traditionnellement, la pratique de la chasse répond surtout au but de participer à la vie active du groupe social (classe d’âge, clan, lignage) dont on se réclame ou à une démonstration de force physique ou magique.

Le caractère collectif de la chasse évolue aujourd’hui. Les grandes battues qui regroupaient des villages entiers cèdent le pas à la chasse individuelle, où le profit économique (vente dans les grands centres urbains) peut pousser le villageois à la pratique du braconnage. Les pièges, la chasse nocture et l’usage de fusils calibre 12, de carabines 300 et 400 sont des moyens très souvent utilisés par les braconniers, accentuant ainsi la criminalité environnementale.

La cueillette apparaît comme une pratique quotidienne pour les populations qui habitent le complexe WAP. La ressource floristique, herbacée et ligneuse est utilisée, toute l’année, de plusieurs façons pour satisfaire des besoins multiples, dans toutes les couches de la population : alimentation humaine et animale, soins thérapeutiques, bois de service, bois d’œuvre, fertilisation, ombrage, bornage, indicateur de fertilité ou de pauvreté des sols…

 Baobab
L’insuffisance de la couverture en infrastructures sanitaires dans la région conforte sans doute les populations dans leurs habitudes à se soigner avec les essences disponibles dans leurs terroirs respectifs. Ces traitements thérapeutiques à base de plantes herbacées et ligneuuses, utilisent aussi bien les feuilles, les écorces que les racines et s’accompagnent le plus souvent de pratiques ésotériques consistant en des incantations et autres pratiques mystiques.

Utilisation de produits forestiers non ligneux

Les populations locales exploitent divers produits forestiers non ligneux pour leur subsistance et leurs besoins financiers. La valorisation de ces produits de cueillette, comme la gomme arabique, le miel, les feuilles et les fruits du baobab, du rônier, du karité, du palmier doum peut permettre de lutter efficacement contre la pauvreté par le développement de la micro-économie.
En marge de ceux-ci, d'autres produits forestiers non ligneux secondaires interviennent dans des domaines multiples tels que le fourrage des animaux domestiques, la pâture de la faune sauvage, l'artisanat, la construction, la vannerie, la toiture des maisons entre autres.

Le complexe WAP présente un intérêt touristique certain du fait de la diversité des écosystèmes, de la présence de grands mammifères africains, d’une avifaune très riche, de nombreux cours d’eau dont le fleuve Niger, de chutes et cascades impressionnantes (Chutes de Koudou, parc du W côté Bénin ; cascade de Tanougou, parc d’Arly), des sites historiques (villages anciens) et même préhistoriques (sites archéologiques).

Ecotourisme
La richesse culturelle du complexe est aussi dans la présence d’une multitude de groupes ethniques ayant un fond culturel commun du fait de l’histoire qu’ils partagent. Des mares sacrées, des îlots forestiers sont utilisés comme autels pour des offrandes ou invocations rituelles par les populations riveraines du complexe.

Enfin, tourisme écoculturel représente une source de revenus d'appoint, à la fois pour les populations de la région, pour les opérateurs privés, mais aussi pour les aires protégées et pour les pouvoirs publics en général.

Une destination touristique à construire

La fréquentation touristique du complexe WAPO est encore globalement faible, de l'ordre de quelques milliers de visiteurs par an. Cette faible fréquentation s’explique par le coût élevé du transport aérien dans les quatre pays, d’une desserte routière difficile et d’un manque de structures d’hébergement.

Une stratégie de développement et de promotion du complexe WAPO est menée conjointement par les quatre pays. Les cinq principaux axes retenus sont l’amélioration des infrastructures touristiques et la capacité d’accueil>, l’amélioration de la notoriété et le renforcement de la promotion, la création de structures et outils pour promouvoir et gérer efficacement le tourisme, l’amélioration de la qualité des prestations.

Le développement du tourisme lié à la biodiversité est un atout pour les pays partageant le complexe WAPO. Ce secteur est en plein développement et n’a pas connu les effets néfastes de la crise financière mondiale.
L’aspect de partage équitable des bénéfices dû au tourisme reste un aspect important à traiter. Rappelons qu’un emploi direct dans le tourisme génère dix emplois indirects d’après l’Organisation Mondiale du Tourisme.
Enfin, l’organisation de l’éducation environnementale dans les écoles, les centres de formation et les universités sont des gages de la conservation et de la transmission des valeurs du complexe aux générations futures.

L’artisanat est relativement peu développé parce qu’il est le plus souvent exercé comme activité d’appoint en marge des activités dominantes (agriculture, élevage, travaux ménagers…).
Les principaux métiers identifiés sont la forge, la confection des nattes, la vannerie, le tissage, la poterie et l’artisanat de bois en milieu rural.

L’artisanat de service (vulcanisation, ateliers de réparation, couture, coiffure, restauration,…) et la micro-industrie semi-mécanisée se développent en milieu urbain et semi-urbain.