La mosaïque ethnoculturelle, facteur de développement touristique

La pluralité des groupes ethniques en périphérie du complexe, offre une diversité culturelle notable. Sur la douzaine de groupes ethniques recensés autour du complexe, les plus importants sont les Gourmantechma, qui renvoie les Djerma, les Dendi, les Fulani, les Batonous, les Zermas, les Haoussa, les Ottamaris, les Sombas, les Kabiyés.

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La périphérie du complexe au niveau du W-Arly-Pendjari est caractérisée par la prédominance de l’ethnie gourmantché. Au Togo, les principaux groupes ethniques des communautés qui vivent dans et autour des deux parcs sont : les Lamba, les Temberman, les Ngamgam, lesGnandé et les Mossi (préfecture de la Kéran), les Tchokossi, les Moba, les Bissa, les Berma et les Ngan-Ngam (préfecture d’Oti), les Gourmantché et les Moba (préfecture de Kpendjal).
La périphérie de la réserve de l’Oti-Mandouri est le domaine du groupe ethnique les Kabiyés.

Ces groupes sont communs aux périphéries du complexe WAPO, ce qui facilite la gestion transfrontalière du complexe WAPO. Les groupes ethniques en périphérie du complexe WAPO ouvre des perspectives pour le développement du tourisme éco-culturel. De plus, la mosaïque ethnique sous-entend des modes et des pratiques hétérogènes lors de l’utilisation des ressources naturelles.

Les communautés riveraines du Parc de la Pendjari pratiquent, par exemple, un rituel annuel de pêche dans la mare « Bori » située à l’intérieur du Parc. Les populations riveraines des Parcs W et d’Arly au Burkina Faso sont par tradition des chasseurs.

La chasse communautaire est d’ailleurs considérée comme un facteur socio-économique favorisant la cohésion. Nous sommes en présence d’une diversité de perceptions et d’attentes locales face aux ressources naturelles et notamment à l’importance accordée aux aires protégées.

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Les premières traces signalant la présence humaine dans la région du complexe WAPO, attestées par des pointes de flèche en pierre, remontent au paléolithique dénotant les interactions très anciennes entre la faune et l’homme dans la région. L’homme y aurait vécu de chasse en utilisant déjà les feux de brousse et pratiquant la cueillette de fruits et de graines sauvages. Ceci jusqu’à la découverte de la culture des céréales (sorgho, mil et riz) vers 2 000 ans avant JC. Le travail et l’utilisation de matériel en 100-300 ans avant JC auraient accru le rendement de la chasse et des cultures céréalières, avec pour corollaire l’accroissement des populations. Les nombreux tas de scories indiquent que la région était depuis longtemps riche en minerai de fer.

A l’exception de l’Etat Mossi qui y aurait eu une certaine influence sur la partie septemtrionale, la région du complexe WAP, par son éloignement des principaux pôles des civilisations du Moyen-Âge africain, tels que les royaumes du Ghana, du Mali et Gao, a suscité peu d’intérêt pour les recherches archéologiques.

Cependant, le recoupage d’informations recueillies dans les trois pays (Bénin, Burkina Faso, Niger), confirme l’existence, dans le passé, d’une population humaine assez importante dans le complexe WAP. Les sites des anciens villages, remarquables par leur végétation particulière, sont les exemples éloquents. En effet, de nombreux groupements de baobabs qui se trouvent dans les aires protégées sont associés à des anciens sites habités, de même que certains bosquets d’Anogeissus leiocarpus, qui sont caractéristiques de ces sites.

Depuis les années 50, la zone centrale du complexe n’est plus habitée. Les populations se sont retirées soit par contrainte (déguerpissement), soit par souci de bien-être (rapprochement aux voies de communication) sur les périphéries dont le peuplement s’est effectué de façon différentielle, sur une longue période. La zone du Complexe WAP était toujours une zone très peu peuplé et considéré comme trop humide (mouches tsé-tsé) pour y résider.
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La zone du fleuve Niger est essentiellement constituée en majorité du groupe ethnique Dendi. Son peuplement s’inscrit dans le cadre des vicissitudes de l’évolution historique des grands empires de l’Afrique de l’Ouest, notamment l’Empire de Gao. L’éclatement de ce dernier à la fin du XVIe siècle a provoqué des mouvements des groupes Sonraï-Zerma vers le long de la vallée du fleuve Niger. C’est au milieu du XVIIIe siècle, qu’une fraction du groupe Sonraï-Zerma, les Dendi, envahisse toute la vallée du Niger (Bénin) en aval de la Mékrou. Bloqués à l’Est par les royaumes Haoussa, les Dendi fondèrent de nombreux villages autour du royaume de Kompa et imposèrent leur pouvoir à toutes les chefferies existantes. Ils ont conservé leur langue d’origine sonrai-zerma et tous les habitants dominés l’ont adoptée.

Un peu plus tard, tout au sud, des princes Bariba, venus du royaume de Nikki, ont conquis la chefferie des Mokolé et installé les principautés de Guenéganda et de Sakatem respectivement à Guéné et à Kandi. A coté de ces principaux groupes ethniques, il faut signaler le peuplement continu des agriculteurs gourmantché.

Migration

Aujourd’hui, outre le processus historique qui a vu l’occupation d’une bonne partie de la périphérie du complexe WAP, la plupart des villages riverains sont soumis à de nouvelles dynamiques d’implantation des pasteurs peuls ; conséquence migratoire des grandes sécheresses des années 70 et 80. Pour ces déplacés, la zone du fleuve, tout comme l’ensemble de la périphérie du complexe WAP, constitue une des destinations préférées. Un autre d’immigration est constatée depuis quelques années,celle d’agriculteurs originaires de Côte d’Ivoire qui s’installent dans l’enclave de Madjoari au cœur des aires protégées du Parc national d’Arly et dans les zones de chasses environnantes.

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Il existe trois types d’établissements humains pour les populations riveraines du Complexe WAPO :

  • Des villes de taille moyenne (>25 000 habitants) ;
  • Des petites villes (entre 5000 et 25 000 habitants) ;
  • Des villages : (<5 000 habitants).

Le complexe WAPO regroupe différentes ethnies qui utilisent de multiples types d'habitat traditionnels. Par exemple, au Bénin l'ethnie des Bétammaribè construit et vit dans un habitat appelé « tata somba », sorte de maison fortifiée à un étage permettant de se protéger des animaux sauvages et des hommes, de mettre les récoltes et les animaux en lieu sûr. Les murs de « tata somba » sont réalisés à partir de terre mélangée à de la paille (le banco), les toitures sont confectionnées avec de la paille (de mil par exemple). La terrasse de l'étage est façonnée sur un plancher fait de rondins de bois étayés en- dessous par des poteaux en bois eux aussi.