Le plus important continuum d’écosystèmes terrestres d’Afrique de l’Ouest

Le système WAP s’étend sur plus de 31 000 km2 et comprend une partie importante du réseau national des aires protégées de chacun des quatre pays. Ainsi, le système WAPO englobe 100% du Système National des Aires protégées (SNAP) du Bénin, 31% du SNAP du Burkina Faso et 7,5% du SNAP du Niger et environ 20 % du SNAP du Togo.

Le complexe WAPO est un site d’une très grande importance pour la biodiversité. Il s’agit du plus grand et du plus important continuum d’écosystèmes terrestres, semi-aquatiques et aquatiques de la ceinture de savane d’Afrique de l’Ouest, du territoire le plus significatif pour la conservation des éléphants dans toute la sous-région et du refuge naturel le plus viable disponible aux espèces d’animaux vulnérables et /ou menacées au Bénin, au Burkina Faso et au Niger.

La flore du complexe du WAPO se répartit entre le domaine sahélien (partie septentrionale), la zone soudanienne au centre et le domaine guinéen (partie méridionale) où des espèces propres à la flore humide remontent à la faveur de situations écologiques plus favorables.

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La flore du complexe WAPO comporte majoritairement des herbacées, puis des ligneux vrais qui, selon leur densité, constituent des savanes arbustives, ou encore, des savanes boisées.

On note un gradient du nord au sud, allant des savanes herbacées à Loudetia togoensis, Andropogon pseudapricus, Pennisetum pedicellatum, aux savanes arbustives à Combretum spp., Terminalia spp., Acacia spp., Anogeissus leiocarpa, Balanites aegyptiaca, Ziziphus mauritiana, et enfin aux savanes boisées à Terminalia spp., Isoberlinia doka, Daniellia oliveri, Burkea africana. Il existe en outre des formations végétales plus fermées, constituées de forêts sèches et de galeries forestières en lisière des cours d’eau.

Le Complexe offre une protection in-situ pour au moins 515 espèces ligneuses identifiées et regroupées en 84 familles. Celles-ci comportent des espèces endémiques que l’on retrouve dans la savane sèche et la forêt, et dont certaines sont aujourd’hui en voie de disparition ou vulnérables. De nombreuses recherches sont en cours et/ou prévues au niveau national et régional afin de classifier dans cette aire la très riche flore herbacée terrestre et aquatique de même que les algues et les champignons. Jusqu’à présent, environ 154 espèces d’herbacées ont été identifiées.

Des rôneraies présentent sur les surfaces quasiment nues formées de dalles latéritiques, complètent la mosaïque du couvert végétal avec une infinité de transitions permettant une variabilité impressionnante de la savane.

Le Complexe WAPO abrite trois espèces végétales endémiques (Thunbergia atacorensis, Ipomoea beninensisetCissus kouandeensis) qui y trouvent des conditions favorables à leur développement, bien que les savanes soudaniennes soient communément caractérisées par un faible taux d’endémisme des espèces végétales.

L’avifaune du Complexe WAPO compte 460 espèces d’oiseaux (Grell et al., 2002) dont 101 espèces aquatiques, 120 espèces forestières, 162 espèces vivant en campagne ouverte et 3 espèces vivant dans les roches et montagnes.

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163 espèces sont migratrices dont 63 d’origines paléarctique. La diversité des rapaces est particulièrement grande avec 37 espèces identifiées (Bousquet, 1992).

Le Complexe WAPO est une terre de migration saisonnière pour les oiseaux de passage hivernant en provenance d’Eurasie. Aucune espèce endémique n’y est encore dénombrée mais des espèces menacées le sont. Il s’agit du vautour (Trigonoceps occipitalis), du grand-Duc (Bubo africanus), du rollier (Coracias garrulus), du serpentaire (Sagittarius serpentarius) et du hobereau (Falco cuvieri). Les oiseaux aquatiques les plus fréquents sont le martin-pêcheur pie (Cerylerudis), l'aigle pêcheur (Concuma vocifer), la grue couronnée (Balearica pavonina), le héron cendré (Ardea cinerea), l’aigrette (Egretta alba), le canard armé (Plectropterus gambensis), le dendrocygne (Dendrocygna viduata), etc.

Le complexe WAPO abrite la plupart des espèces de grands mammifères typiques de l’Afrique de l’Ouest. Une dizaine espèces d’antilopes est recensée : le cob de Buffon (Kobus kob), le cob Defassa (Kobus ellipsiprymnus defassa), le céphalophe de Grimm (Sylvicapra Grimmia), le cob Redunca (Redunca redunca), le guib harnaché (Tragelaphus scriptus), le céphalophe à flanc roux (Cephalophus rufilatus), l’ourébi (Ourebi ourebia), l’hippotrague (Hippotragus equinus), le bubale (Alcelaphus bucelaphus),et le damalisque (Damaliscus korrigum).

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Dans le nord-est du complexe, la zone des girafes se caractérise par la présence de 400 girafes de l’Afrique de l’Ouest (Giraffa camelopardalis peralta). Cette population, après avoir été totalement en crise et menacé d’extinction durant les années 90, commence à se reconstituer et s’étendre dans des zones des plus en plus vastes, parcourant les plateaux et les zones agricoles s’entremêlant dans la zone d’intense activité humaine.
D’autres espèces de mammifères telles que les primates (babouins, vervet, galago et patas), les hippopotames, les hyènes et les phacochères sont aussi présentes. Elles contribuent également à enrichir la diversité de la grande faune présente dans le Complexe WAPO.
On y trouve également des espèces déjà disparues ou menacées dans une grande partie de l’Afrique comme le guépard (Acynonix jubatus), le lycaon (Lycaon pictus), le damalisque (Damaliscus korrigum) et le lamantin (Trichechus senegalensis).

Observation de quatre « Big five »

Trois des « Big five » peuvent aisément être observés à savoir le lion (Panthera leo), l’éléphant (Loxodonta africana) et le buffle (Syncerus caffer brachyceros). Cet atout renforce la notoriété du site comme l’une des plus importantes aires de conservation de la nature en Afrique en particulier et dans le monde en général. Un quatrième des « Big five », le léopard (Panthera pardus), est présent mais reste difficile à observer. Par contre, le cinquième « Big five », le rhinocéros noir (Diceros bicornis) n’est plus observé en Afrique de l’Ouest.

Outre les très grands mammifères appréciés pour le tourisme de vision, le Complexe WAPO est aussi riche en espèces de petits mammifères. On note la présence du chacal (Canis aureus), du serval (Felix serval), du ratel (Mellivora capensis), de la civette (Viverra civetta), de la genette commune, de la mangouste ichneumon, de la mangouste des marais (Atilax paludinosus), de la mangouste à queue blanche (Ichneumia albicauda), de la mangouste rouge (Herpestes sanguineus), du chat sauvage d’Afrique (Felis sylvestris), du daman de rocher (Procavia capensis), de la loutre à cou tacheté (Lutra maculicollis), de la loutre à joue blanche (Aonyx capensis), du chacal à flanc rayé (Canis adustus), du lièvre (Lepus europaeus), de treize espèces de rongeurs dont l’aulacode (Tryonomys swinderianus) et le porc-épic (Hystrix cristata), et enfin neuf espèces de chauves-souris.

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Une centaine d’espèces de reptile est recensée dans le complexe du WAPO (Grell 2002). Le plus apprécié par les voyageurs, le crocodile du Nil (Crocodilus niloticus suchus).

Les agames arboricoles et les tortues sont aussi largement répandus. D’autres reptiles résident dans le complexe : le serpent des sables (genre Psammophis), l’agame commun (Agama agama), le lézard des buissons (genre Nucrus), le scinque (Mabuya megalura), le python de Seba (Python sebae), la tortue molle (genre Cyclanorbis), et le varan du Nil (varanus niloticus).

 

L’entomofaune du complexe WAPO présente une importante richesse spécifique et biologique. Les premières études réalisées par Grell en 2002 et en 2004 ont relevé une diversité considérable de sauterelles, de papillons diurnes et de libellules.

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Elles présentent un grand intérêt pour les spécialistes et les scientifiques. Les rhopalocères, qui représentent la grande majorité des lépidoptères diurnes, sont de plus en plus utilisés comme bioindicateurs dans des études écologiques ou biogéographiques concernant la protection des milieux naturels (Bobo et al., 2006 ; Boggs et al., 2003). En effet, leur grande taille, leur visibilité dans le milieu, la (relative) simplicité de leur identification et la connaissance assez avancée de leur biologie font des rhopalocères d’utiles bioindicateurs (Tchibozo et al., 2008). Suite aux différentes missions d’exploration dans le complexe WAPO, 38 espèces ont été capturées dont 37 sont bien identifiées et confirmées par le spécialiste mondial Torben Larsen.

Le complexe WAPO abrite une itchyofaune diversifiée. A cheval entre le bassin de la Volta et le bassin du Niger, ses bas-fonds et la forêt galerie sont inondés en saison pluvieuse et augmente considérablement les zones de frayère et d’alevinage aux espèces de poissons.

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Les caractéristiques de la faune ichtyologique du bassin de la Volta fait de l’écorégion Volta une biorégion de classe IV dont le statut de conservation de la biodiversité est qualifié de niveau critique. La portion congrue du bassin, située au Bénin, est drainée par la rivière Pendjari qui constitue une zone de refuge de prédilection pour la faune ichtyologique. Elle héberge plus des 2/3 des espèces de poissons du bassin de la Volta et plus de 80 % des espèces endémiques. Il y a été recensé 104 espèces de poissons.

Le bassin de la Volta est caractérisé par l’endémisme de neuf espèces de poissons (Steatocranus irvinei, Synodontis arnoulti, Synodontis macrophthalmus, Synodontis velifer, Brycinus luteus, Micralestes pabrensis, Barbus bawkuensis, Barbus guildi, Barbus parablabes) dont sept sont retrouvées dans la rivière Pendjari.