Le WAPO, une valeur universelle exceptionnelle

Le complexe WAPO est constitué de la réserve de biosphère transfrontalière et parc régional du W (Bénin, Burkina Faso, Niger), de la réserve de biosphère et parc national de la Pendjari (Bénin), du parc national d’Arly (Burkina Faso), du complexe Oti-Kéran-Mandouri OKM (Togo) ainsi que les réserves partielles attenantes et les forêts villageoises. Le complexe WAPO s’étend sur une superficie d’environ 30 000 km² en incluant les aires riveraines.

Une valeur universelle exceptionnelle

En Afrique de l’Ouest, le complexe WAPO est le plus grand et le plus important continuum d’écosystèmes terrestres, semi-aquatiques et aquatiques de la ceinture de savane. C’est également le territoire le plus significatif pour la conservation in-situ des éléphants et des lions et le refuge naturel le plus viable disponible aux espèces d’animaux vulnérables et/ou menacées au Bénin, Burkina Faso, Niger et au Togo (PNUD, 2005). Le complexe du WAPO est à cheval entre les bassins des fleuves Niger et Volta, offrant ainsi une protection naturelle aux espèces endémiques d’eau douce de ces deux bassins.
Le territoire existant aujourd’hui se compose essentiellement de zones de forêts naturelles très dispersées et de savanes.

  • 25% de la surface de savane estimée en Afrique de l’Ouest sur une superficie de 117 691 km2
  • Plus de 50% de la population d’éléphants, plaçant le complexe WAPO comme la zone la plus importante pour leur conservation en Afrique de l’Ouest.

Pluralité ethnique et diversité culturelle

Le complexe WAPO est le plus important héritage naturel et culturel d’Afrique soudano-sahélienne. Dans un rayon de 40 km en périphérie du WAPO, on dénombre environ 400 villes et villages et une population totale d’environ 1,5 millions d’habitants. La pluralité des groupes ethniques offre une diversité culturelle notable, qui sous-entend des pratiques hétérogènes en termes d’utilisation des ressources naturelles ainsi qu’une grande diversité de perceptions. Bien que la périphérie du Complexe WAPO connaisse une croissance démographique, il présente une densité relativement faible.

La structure économique du complexe WAPO est principalement basée sur l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’exploitation des ressources forestières (le bois et les produits non ligneux).

Le climat qui prévaut dans le Complexe WAPO varie du type sahélien au nord, avec des précipitations moyennes (<500 mm de pluviométrie annuelle), au type soudano-guinéen au sud, avec une pluviosité moyenne de 1200 mm ; la savane assurant la transition entre le Sahel et la forêt claire.

Le Complexe WAPO subit les effets de la détérioration des conditions climatiques due principalement à des phénomènes naturels tels que les importantes fluctuations des précipitations.

Les changements climatiques observés

Les limites de certains isohyètes ont glissé vers le Sud d’environ 50 km par rapport à leur situation en 1970
La moyenne décennale des précipitations a subi un glissement en latitude vers le Sud depuis 1920. Les périodes de sécheresse en particulier celles de 1972-1973 et de 1983-1984 sont responsables de la dégradation des paysages, de la modification des biotopes et des taux de mortalités élevés parmi la faune et la flore. Tous les écosystèmes dans la sous-région sont confrontés à de tels phénomènes climatiques.

Falaises Gobnangou

Le complexe WAPO est une vaste pénéplaine caractéristique du vieux bouclier ouest-africain, sans reliefs bien marqués, hormis la chaîne de l’Atakora (massif montagneux qui traverse le nord du Togo et du Bénin) et quelques escarpements de faille (falaises de Gobnangou, etc.). La géologie du complexe est largement dominée par des roches précambriennes et cambriennes, d’origine plutonique ou volcanique, et dont la plupart ont été fortement altérées et remaniées.

Le complexe WAPO est marquée ça et là par des vestiges cristallins (inselbergs), souvent chaotiques et spectaculaires, qui abritent une flore et une faune spécifiques et variées, ainsi que des collines tabulaires (mesas), dont les sommets constituent les reliques de niveaux érodés anciens, qui sont à leur tour lentement rongés sur leurs flancs. Ces collines sont elles-mêmes souvent recouvertes de cuirasses latéritiques épaisses et compactes. Tout ceci traduit un paysage ancien, très proche d’un équilibre érosion/dépôt. Seuls, la Vallée de la Mékrou (Niger) dont le creusement du lit semble toujours actif, et l’entaille créée par le Fleuve Niger et ses terrasses alluviales en perpétuel mouvement, viennent contredire ce schéma.

Des formations géologiques plus récentes, occupent le sud de la zone du complexe WAPO. Le massif qui occupe les paysages du sud-ouest du complexe, est celui des montagnes métamorphiques de l’Atakora, particulièrement spectaculaires dans la partie sud du Parc National de la Pendjari. Dans leur partie septentrionale, les dernières manifestations de l’Atakora donnent naissance aux Chutes de Koudou, précisément là où la Mékrou franchit cette barrière naturelle d’Ouest en Est.

On distingue quatre grands groupes de sols qui sont formés d’un ou plusieurs horizons humifères reposant directement sur le matériau. Ces sols se subdivisent en sols lithiques et en sols régiques. Les sols lithiques sont formés d’un niveau meuble humifère plaqué sur une dalle imperméable aux racines. Ces types de sols sont rencontrés dans le Parc Régional W. Les sols régiques sont formés au moins d’un horizon humifère reposant sur un matériau perméable aux racines. Ce sont des sols toutefois soumis à une forte érosion éolienne.

Hydrographie zones

L’hydrographie du complexe WAPO est à cheval sur les bassins versants de la Volta et du Niger, avec des principaux cours d’eau qui sont le fleuve Niger, la Pendjari/Oti, la Mékrou, l’Alibori. Ces cours d’eau représentent les principales sources en eau de surface du complexe, complétées par des cours d’eau temporaires dont la Tapoa, l’Arly, et puis Singou. Alors qu’il existe peu de données sur les eaux souterraines, les eaux de surface sont bien connues.
Les ruisseaux et rivières les plus importants sont le Mékrou et le Tapoa qui appartiennent au bassin du Niger et l’Arly et la Pendjari qui font partie du bassin de la Volta. Seuls le Mékrou et la Pendjari ont un débit permanent. Les autres cours d’eau sont dépendants du rythme des pluies, notamment le Kpako, le Kompagarou, le Bédarou, le Djiga et le Konékoga.
On peut trouver un grand nombre de mares naturelles, parmi lesquelles seule la mare Bali (dans le Parc National de la Pendjari) est permanente. Afin d’accroître la distribution de l’eau dans de nombreuses zones du Complexe, certains lacs ont été approfondis, des mares artificielles ont été creusées et des points d’eau ont été ajoutés.

Zones humides

Un réseau important de zones humides, relié au large réseau hydrographique constitue l’habitat d’espèces animales et végétales aquatiques ou dépendantes des eaux, notamment les oiseaux migrateurs.
Dans les zones humides du Complexe, les communautés végétales s’organisent selon un modèle concentrique depuis les basses terres vers des zones plus élevées, se traduisant également par une diversité de la flore et de la faune. Il y existe des prairies aquatiques, des terres arbustives et des végétations mixtes sur les berges alluvionnaires où l’on trouve Echinochloa stagnina, accompagné par Nymphaea lotus, Pistia stratiotes, Oryza longistaminata, Andropogon gayanus et autres espèces. Les plaines inondées sont couvertes d’une végétation herbacée qui se développe après les premières pluies. Sur les pentes douces des berges, la végétation se caractérise par des sections denses composées d’arbres et d’arbustes et entrecoupées de zones herbeuses ou nues.

Le complexe WAPO se caractérise également par les chutes d’eau de la chaîne montagneuse de l’Atakora, par les sols durs latéritiques et les collines qui constituent un paysage unique en Afrique de l’Ouest.

Le complexe WAPO se trouve dans un secteur de transition entre savanes et forêts claires et représente par excellence tous les écosystèmes caractéristiques et importants de la région biogéographique de forêts claires/savanes d'Afrique de l'Ouest. On y rencontre trois types de savanes en fonction de la zone climatique: savane sahélienne (<600 mm précipitations/année), la savane soudanaise (600-1200 mm /année) et la savane guinéenne (>1200 mm/année).

Antilope

Le complexe WAPO abrite 378 espèces d’oiseaux sédentaires ou d’origine paléo-arctique, 94 espèces d’entomofaune, plus de 80 espèces de poissons de même que de nombreuses espèces de reptiles et d’amphibiens, dont certaines n’existent plus aujourd’hui que dans des aires protégées, ainsi que la quasi-totalité des espèces de grands mammifères de la savane soudanaise d’Afrique de l’Ouest.

Le complexe WAPO contribue à la préservation des dernières populations de mammifères appartenant au domaine sahélien et soudanien. Plus de 60 espèces ont été observées parmi lesquelles l’éléphant, le buffle, l’antilope cheval, le cob, le waterbuck (ou cobe Defassa), le cobe des roseaux, l’antilope Sassaby, le bubale, la girafe, l’hippopotame, le lion, le guépard, le léopard ainsi que plusieurs espèces de singes (le cynocéphale, le patas et le singe vert). Dans le milieu aquatique, le lamantin a été identifié.

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Le processus d’occupation humaine du complexe WAPO s’est effectué par des cycles de peuplement et de dépeuplement dus aux nombreux facteurs tels que l’apparition de certaines maladies comme le paludisme ou encore l’onchocercose. Les populations étaient pour la plupart des sédentaires dont les principales activités étaient l’agriculture, l’élevage, la chasse, la pêche et la cueillette, si on se réfère aux premières données archéobotaniques et archéozologiques.

Depuis les années 50, la zone centrale du complexe W-Arly et Pendjari, n’est plus habitée. Les populations se sont retirées soit par contrainte (déguerpissement), soit par souci de bien-être (rapprochement des voies de communication) sur les périphéries dont le peuplement s’est effectué de façon différentielle, sur une longue période.

 

 

formations végétales